J’ai entrepris un nouveau projet photographique : parcourir le Nord avec un ancien appareil 6×6 à soufflet. L’idée me trottait dans la tête depuis longtemps. Je photographie déjà certains lieux de réception au Rolleiflex, mais j’avais envie de retrouver une pratique plus libre, sans commande ni sujet imposé. Quelques pellicules noir et blanc dans le sac, un appareil mécanique et des kilomètres à parcourir à pied. J’observe, je cadre, je déclenche si l’envie est là.
Ces appareils, à soufflet comme le Zeiss Ikon Nettar, sont rudimentaires, mais ils ont fait leurs preuves. Ils ne proposent aucun automatisme et ne cherchent pas à faciliter le travail du photographe. Il faut mesurer la lumière, régler son exposition, faire la mise au point et composer son image. Chaque geste compte, sans pour autant transformer la photographie en exercice technique. Cette simplicité me plaît. Elle me ramène à une pratique plus directe, dans laquelle je prends le temps de regarder avant de décider si une image mérite d’être faite.

J’aime aussi le rapport physique que ces appareils entretiennent avec la photographie. Déplier le soufflet, régler l’ouverture, ajuster la mise au point sur le dépoli, armer l’obturateur… Ces gestes n’ont rien d’exceptionnel, mais ils donnent une autre dimension à la prise de vue. On ne photographie pas par réflexe. On prend le temps de préparer son image, puis de déclencher. C’est une façon de retrouver le plaisir simple de photographier.
La méthode est simple : d’abord une exposition bien calée, ensuite le choix du cadrage, enfin le bon moment pour déclencher. Rien de compliqué : le sujet compte plus que la technique. Je n’emploie ni effets, ni filtre, ni double exposition. Mes pellicules sont des 400 ISO, exposées à leur sensibilité nominale ou poussées à 800 ISO. Les images ont alors parfois plus de caractère.
Ce n’est pas une question de nostalgie ni de volonté de revenir en arrière. Les appareils modernes sont évidemment beaucoup plus performants et confortables. Mais je n’ai pas toujours besoin de cette sophistication. Pour ce projet, je préfère un appareil qui me laisse face à l’essentiel : un sujet, une lumière, un cadrage et une décision.

Dans le « Plat Pays », il y a souvent plus de ciel que de terre, et les nuages prennent toute la place dans l’image. Je me suis arrêté au bord de la route, à deux pas de la frontière belge, pour photographier un blockhaus. En regardant la scène plus posément, ce sont finalement les nuages que j’ai cadrés : le bloc de béton armé n’était plus le thème central de l’image. Avec le 6×6, je me laisse guider par mon intuition. Ce n’est pas très rationnel, mais l’évidence est parfois ailleurs.

Derrière les paysages familiers se cachent des traces d’une histoire parfois oubliée. Les anciennes fortifications, les vestiges industriels, les routes de campagne et les villages frontaliers racontent chacun quelque chose de cette région. C’est aussi ce que j’aimerais retrouver au fil de mes promenades photographiques. Pas nécessairement les lieux les plus connus, mais ceux qui retiennent mon attention, pour une raison que je ne saurais pas toujours expliquer.


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