« Polar noir ». Voilà, en deux mots, l’univers qui m’habite en ce moment. Des images troubles, incertaines, qui posent des questions plutôt qu’elles n’y répondent. Une ambiance sombre, où l’on devine plus qu’on ne voit.

Tout a déjà été fait, alors pourquoi continuer ?
On innove difficilement en photographie. Tout, ou presque, a déjà été fait. Après trente ans d’argentique, je n’ai plus l’illusion d’inventer quoi que ce soit. Ce qui m’intéresse, c’est ce que je peux en dire avec mon regard, aujourd’hui.
Tout part souvent d’une étincelle : le travail méticuleux de la lumière dans un vieux film de cinéma, l’atmosphère ténébreuse d’un polar. Sur le moment, je sais exactement quelle image je veux produire, de quelle manière et avec quel appareil. Tout est planifié, millimétré. Je suis enthousiaste, confiant.
Et puis je développe la pellicule. Le résultat ne ressemble pas toujours à ce que j’avais en tête, et la déception est à la hauteur de mes attentes. Trente ans de pratique n’y changent rien : on espère toujours un peu trop.

La bonne image arrive quand on ne l’attend pas
Il arrive pourtant qu’une bonne image surgisse sans que j’aie rien préparé. Je déclenche sans réfléchir, et ça fonctionne. Faut-il en conclure que je suis un photographe instinctif ? Non, je ne crois pas. Je ne crois pas davantage à la bonne étoile. Je crois plutôt aux probabilités : plus on déclenche, plus il y a de chances qu’une photo sorte du lot.
C’est peut-être ce que cet exercice m’apprend. Pour ce type d’images, trop réfléchir est contre-productif. Cadrage, composition, netteté : je les mets volontairement au second plan. Ce qui compte, c’est l’envie de photographier cette scène-là, à ce moment-là. J’expérimente encore, et à chaque développement, c’est une découverte. De temps en temps, un émerveillement.

Lâcher prise, recommencer
Je ne suis pas toujours satisfait de ce que je produis, et je préfère le dire. La dernière bobine ne m’avait pas convaincu : je suis donc reparti en photographier une autre. Ce n’est pas un échec, c’est le rythme de ce travail. Il vaut mieux cesser de vouloir tout contrôler et de penser trop technique. Il faut aussi, de temps en temps, se vider la tête et laisser les images venir d’elles-mêmes.

L’automne, saison du polar
Les ambiances sombres se prêtent à ce genre de photographie, et l’automne est sans doute la meilleure saison pour faire un polar noir en argentique : lumière basse, journées courtes, brume, pluie, nuit qui tombe tôt. La pellicule y trouve ce qu’elle aime. Le grain et le flou, que d’autres cherchent à éviter, ajoutent ici une part de mystère. Ce sont eux qui laissent le spectateur combler les blancs.

Cette série n’est pas terminée, et je ne sais pas encore exactement où elle va. Mais c’est aussi pour ça que je continue : parce que la prochaine bobine peut encore me surprendre.

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