La photographie, c’était mieux avant

Un révélateur proche du XTOL pour un rendu vraiment intéressant.

Envie de tout laisser tomber. Le numérique, les mariages, les séances portraits sans âme.

Il y a une période dont je me souviens avec une netteté étrange. Avant de me professionnaliser. Je sortais avec un appareil, sans commande, sans brief, sans Pinterest dans la tête. Je photographiais de manière naïve — et ce mot, naïf, je le revendique. Naïf au sens premier : sans calcul, sans destination prévue pour l’image. Je rentrais chez moi avec des photos ratées, des photos floues, des photos que personne ne demanderait jamais. Et parfois, une image qui me retournait. Celle-là, je l’avais faite pour moi. Elle n’avait aucune obligation d’exister. C’est exactement pour ça qu’elle existait vraiment.

Le problème avec la photographie professionnelle, ce n’est pas le client. C’est le cadre. Un mariage, c’est une liste. Les alliances en gros plan, la robe dans la lumière dorée, le regard complice, l’embrassade des parents. Des images que les mariés ont déjà vues mille fois sur Instagram avant même que je déclenche. Ils ne veulent pas être surpris — ils veulent être rassurés. Et moi, je suis là à cadrer ce que je sais déjà cadrer, à livrer ce qu’on attend de moi, à rentrer chez moi avec des images correctes et une fatigue que je n’arrive pas tout à fait à nommer.

Le langage photographique contemporain s’est standardisé à une vitesse vertigineuse. Pinterest a achevé ce qu’Instagram avait commencé : transformer les photographes en exécutants d’un répertoire visuel collectif et pré-approuvé. J’ai essayé, parfois, d’introduire autre chose. Un cadrage inattendu, une lumière qui déborde, une image qui ne « sert » pas le récit attendu mais qui dit quelque chose de vrai sur le moment. La plupart du temps, ça ne passe pas. On me regarde avec ce léger malaise de quelqu’un qui a commandé un plat et reçoit autre chose dans l’assiette. Même si c’est meilleur.

Photo nb argentique intérieur d'une Buick. Test terrain Pentax P30t et le 50mm F2.

Mes photos ne visent pas à représenter la réalité. Elles cherchent à saisir une atmosphère, un état, quelque chose qui résiste à la description. Elles ne résultent pas d’un choix stylistique conscient mais de ce que la vie m’a appris à regarder. Cette façon de voir, elle existait avant la profession. Je me demande parfois si elle survivra à celle-ci.

Je me tourne aujourd’hui davantage vers une photographie créative pour les artistes et les créateurs qui ont besoin de portraits photographies d’ambiance qui s’éloignent des standards actuels.

Restez fidèle à vous-même.

Photographe argentique au Rolleiflex — Portraits sur pellicule. Lille, Paris, Belgique.


Studio Argentique

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Studio Argentique défend une approche contemporaine de la photographie argentique noir & blanc, fondée sur la pratique, l’esthétique et la transmission.