Avez-vous déjà essayé de photographier la rue avec un appareil comme le Kodak Retina 1B ?
C’est une expérience assez particulière. Lorsqu’on prend en main ce genre de boîtier, il faut penser à tout : régler l’ouverture, choisir la vitesse, faire la mise au point et ne pas oublier d’armer l’obturateur.
Rien n’est automatique. Et pourtant, après quelques sorties, cette contrainte devient presque une forme de liberté.

Préparer la photo avant qu’elle arrive
En photographie de rue, on n’a pas toujours le temps de régler son appareil au moment où quelque chose se passe.
Avec un appareil ancien, j’ai donc pris l’habitude de préparer les réglages à l’avance.
Je peux par exemple choisir une mise au point à 5 ou 10 mètres, selon la situation, fermer à f/11 et marcher ainsi pendant un moment. Je sais alors approximativement quelle zone de la scène sera nette.
Lorsque quelque chose attire mon attention, je n’ai plus qu’à cadrer et déclencher.
Cette manière de faire, je l’utilise depuis près de trente ans avec mes différents appareils 24×36 argentiques. Elle demande un peu d’habitude au départ, mais elle finit par devenir instinctive.
Et c’est peut-être cela qui est le plus intéressant : on ne réfléchit plus à chaque réglage. On commence à regarder davantage ce qui se passe devant soi.

La contrainte devient un réflexe
Le Kodak Retina 1B n’est évidemment pas l’appareil le plus rapide pour photographier dans la rue.
Il faut prendre le temps de le régler, de faire sa mise au point et d’armer l’obturateur. Mais une fois que l’on a anticipé, tout devient beaucoup plus simple.
La photographie de rue n’est alors plus une succession de réglages à effectuer dans l’urgence.
Elle devient une question d’anticipation.
On marche, on observe, on choisit sa distance, on attend.
Puis, lorsque la scène apparaît, il ne reste plus qu’à déclencher.
C’est une façon de photographier que j’apprécie particulièrement parce qu’elle laisse moins de place à la précipitation.
Photographier sans autofocus
On pourrait penser qu’un appareil sans autofocus complique forcément la photographie de rue.
Ce n’est pas vraiment le cas.
Pour réaliser des portraits de rue, par exemple, il est possible de choisir à l’avance une distance de travail et de s’y tenir. Avec l’habitude, on sait assez rapidement où placer son sujet et quelle zone de netteté on va obtenir.
C’est aussi ce qui me plaît avec ces vieux appareils : ils obligent à connaître son matériel.
Pas seulement à connaître ses caractéristiques, mais à savoir ce qu’il permet réellement de faire dans une situation donnée.
J’utilise la même approche lorsque je photographie des portraits de rue avec d’anciens boîtiers : moins de technologie, davantage d’anticipation et une relation plus directe avec le sujet.
Un autre rapport à la photographie
Ce qui m’intéresse finalement avec le Kodak Retina n’est pas tellement de savoir s’il est meilleur ou moins bon qu’un appareil moderne.
Il ne l’est évidemment pas sur le plan de la rapidité ou de l’automatisation.
Mais il change la manière de photographier.
Avec un hybride ou un smartphone, une grande partie des décisions techniques peut être prise au dernier moment. Avec un appareil comme le Retina, il faut davantage préparer son image avant de déclencher.
Cette différence paraît minime, mais elle change réellement le comportement du photographe.
On ralentit.
On observe davantage.
On anticipe.
Et surtout, on apprend à faire confiance à des réglages que l’on a choisis avant que la scène ne se présente.
C’est peut-être pour cela que j’aime encore photographier avec ces vieux appareils. Ils ne font pas mieux les photos à ma place. Ils m’obligent simplement à être plus attentif.
Alors, si vous avez l’occasion de partir marcher avec un Kodak Retina 1B ou un autre ancien 24×36 à mise au point manuelle, essayez.
Vous verrez probablement la rue un peu différemment.
Et peut-être que vous déclencherez un peu moins.
Mais avec davantage de raison de le faire.

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