Article mis à jour en août 2025 — Par Fred
Après des années à défendre corps et âme la photographie argentique, j’ai pris une décision qui m’aurait semblé impensable il y a encore quelques années : abandonner l’argentique dans mes prestations professionnelles. Retour sur une évolution qui en dit long sur les mutations de notre métier.

L’âge d’or de mon argentique professionnel
Pendant longtemps, l’argentique constituait le cœur de mon activité. Armé de deux Canon EOS 3 et d’une trilogie d’objectifs de référence — le 35mm f/1.4 L, le 50mm f/1.2 L et le 135mm f/2 L —, je vendais avant tout le charme intemporel du noir et blanc argentique.
Le tournant s’est opéré quand j’ai réalisé que le format 24×36 ne suffisait plus à justifier cette approche « à l’ancienne ». Le passage au moyen format, notamment avec le mythique Rolleiflex, a tout changé. Soudain, je ne proposais plus simplement des photos en noir et blanc, mais un véritable style rétro qui séduisait une clientèle nostalgique.
Le format 6×6 faisait sensation auprès des connaisseurs. Cette esthétique des années 50, portée par du matériel d’époque, est progressivement devenue mon principal argument commercial. J’ai même intégré des appareils à soufflet dans mon arsenal, véritables objets de fascination lors des événements. L’effet était garanti.
La difficile réalité économique
Mais la réalité du marché a fini par rattraper cette belle époque. Aujourd’hui, la quasi-totalité de mes commandes se fait en numérique, et pas uniquement pour des raisons économiques. Le noir et blanc argentique s’est mué en option payante que les clients, de plus en plus soucieux de leur budget, considèrent comme un luxe superflu.
Le plus décourageant ? Ces mariés, pourtant séduits par l’esthétique argentique, qui m’avouent convertir eux-mêmes quelques images en monochrome après coup. D’autres réclament systématiquement la double version — couleur et noir et blanc — une demande que je refuse catégoriquement.
L’épuisement logistique
Au-delà de l’aspect financier, c’est la complexité logistique qui a eu raison de ma passion professionnelle pour l’argentique. Transporter simultanément deux Canon 5D, deux EOS 3 et le Rolleiflex représentait un défi physique et mental quotidien.
Le rythme effréné d’un reportage mariage ne pardonne pas : changements de bobines fréquents, gestion simultanée des pellicules et cartes mémoire, stress permanent du stockage des films (surtout par forte chaleur), jonglage constant entre les supports… Ma qualité de travail s’en ressentait. Paradoxalement, j’étais bien plus efficace avant l’arrivée du numérique dans mon équipement.

Accepter ses limites
Il faut savoir reconnaître ses limites. Entre l’éditing numérique, le développement des films, la numérisation, les tirages et l’archivage, la charge de travail devenait disproportionnée par rapport au bénéfice — tant financier qu’artistique. Le client, lui, n’a pas conscience de cette complexité invisible.
J’ai donc fait le choix radical : c’est soit l’un, soit l’autre. Plus question de mélanger numérique et argentique à parts égales. Si l’envie me prend exceptionnellement de ressortir le Nikon FM2n avec une ou deux pellicules lors d’un mariage, j’y réfléchirai à deux fois.
Une nouvelle philosophie
Conséquence logique : j’ai revendu un de mes EOS 3. Le second dort désormais au fond du sac photo, en simple roue de secours. Mes sorties argentique se limitent aujourd’hui à quelques escapades personnelles avec le Nikon F100 et mes appareils à soufflet.
La dernière en date ? Une reconstitution de campement militaire de la Seconde Guerre mondiale, par une chaleur écrasante de juin. J’y ai croisé un photographe numérique lourdement équipé, ruisselant de sueur. Cette image m’a immédiatement renvoyé à mes propres déboires lors des reportages mariage.

L’argentique comme art de vivre
Aujourd’hui, j’envisage la pellicule sous un angle totalement différent : comme un support de création personnelle. Créer des images en noir et blanc pour moi, dans le calme, loin du tumulte commercial.
J’ai toujours revendiqué mon statut de prestataire plutôt que d’artiste. Mais qui sait ? Cette nouvelle approche pourrait bien faire évoluer ma vision du métier.

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