Photographier avec un Rolleiflex aujourd’hui : une aventure à contre-courant
J’aime le Rolleiflex. Pas seulement pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il m’oblige à devenir lorsque je l’utilise : un photographe plus attentif, plus lent, plus engagé dans l’instant. Dans un monde saturé d’images numériques, ce boîtier mécanique me rappelle que chaque photo peut être une décision, un geste, presque une respiration.
Avec ses 12 vues par film et son format carré 6×6, le Rolleiflex m’impose une rigueur que j’apprécie profondément. Je prends le temps de composer, de faire la mise au point manuellement, d’avancer le film moi-même. Il n’y a pas d’écran, pas de distraction : juste l’essentiel. Et ça change tout.
Le viseur à hauteur de taille me pousse à voir différemment. Je ne cadre pas depuis l’œil mais depuis le ventre, presque au niveau du cœur. Cela donne une dimension plus intime à mes images, en particulier en portrait ou dans la rue.
Et puis il y a ce fameux « rendu Rolleiflex » : une douceur dans les transitions, une richesse dans les gris, une profondeur dans les noirs que je n’ai jamais vraiment retrouvée ailleurs, même en numérique haut de gamme. C’est un langage visuel à part entière.
Mais peut-être ce que j’aime le plus, c’est que cet appareil, avec son design rétro et sa présence un peu étrange, crée du lien. Il intrigue. Il ouvre la discussion. Il ramène à la surface des souvenirs de familles, de grands-pères photographes, de pellicules oubliées dans des tiroirs.
Photographier avec un Rolleiflex aujourd’hui, c’est aussi une manière de résister à la vitesse, à l’immédiateté, au jetable. C’est un acte presque militant, mais toujours joyeux. Une façon de dire : prenons le temps. Regardons vraiment. Écoutons la lumière.

Le Rolleiflex est un appareil exigeant, mais profondément gratifiant. Il ne cherche pas à rivaliser avec la rapidité ou la commodité du smartphone, mais il propose une autre manière de faire de la photographie : plus lente, plus réfléchie, plus incarnée.

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