Une heure sur la jetée de Calais : premiers essais au Canon 24mm en argentique

Photo argentique en 35mm prise sur la jetée de Calais. Photographie noir et blanc sur pellicule Fomapan 200.

J’étais à Calais ce week-end pour un shooting famille. Nous avions rendez-vous en début d’après-midi sur la digue, mais comme souvent, j’étais arrivé trop tôt. Une heure à perdre. Ou plutôt, une heure à gagner.

Photographie argentique à la plage de Calais. Objectif utilisé : Canon EF 24mm F1.4 L II

Quand l’attente devient opportunité

Il y a quelque chose de particulier dans ces moments suspendus, entre deux rendez-vous. Le matériel photo dans le coffre, un objectif tout neuf que je n’avais pas encore vraiment testé – un Canon 24mm F/1,4 L II USM –, et devant moi, la jetée de Calais qui s’étendait vers le large sous une lumière d’hiver douce et voilée.

J’ai attrapé mon boîtier argentique, chargé une pellicule noir et blanc, et je me suis dirigé vers la jetée. Pas de pression, pas de commande client, juste l’envie de voir ce que ce grand-angle allait me donner sur un support argentique.

Photographie de la digue de calais en argentique noir et blanc au grand angle.

Le 24mm et l’argentique : une combinaison exigeante

Le Canon 24mm F/1,4 L II, c’est une belle bête. Lourd, imposant, avec cette sensation de solidité rassurante dans les mains. En numérique, j’avais déjà eu l’occasion de l’utiliser, mais en argentique, c’est une autre histoire. Chaque déclenchement compte. Trente-six poses maximum, et aucun écran LCD pour vérifier immédiatement si la photo est bonne.

Cette contrainte, loin de me frustrer, me force à ralentir. À vraiment observer. À anticiper.

Le grand-angle, surtout un 24mm, demande de la rigueur. Tout rentre dans le cadre, y compris ce qu’on ne veut pas forcément montrer. Il faut s’approcher, composer avec attention, trouver un premier plan intéressant. Sur la jetée, les structures en béton, les rambardes oxydées, les blocs de pierre empilés offraient justement cette matière première idéale.

Photo argentique bord de mer à Calais avec un Canon EOS 3 et le Canon EF 24mm F1.4 L II USM.

Une déambulation en noir et blanc

J’ai commencé par le début de la jetée, là où les pavés irréguliers rencontrent les premières dalles de béton. L’objectif grand ouvert à f/1,4 pour isoler une rambarde dans un flou artistique, puis refermé à f/8 pour capturer la profondeur de la perspective qui file vers la mer.

Le noir et blanc s’imposait. Cette lumière neutre, presque grise, ces textures minérales, cette atmosphère un peu mélancolique du littoral nord : tout appelait à l’épure. L’argentique ajoute ce grain, cette douceur dans les transitions entre ombres et lumières que le numérique peine parfois à reproduire.

Je me suis avancé jusqu’au bout de la jetée. Le vent se levait, apportant avec lui cette odeur salée si caractéristique. J’ai photographié les structures métalliques, les échelles rouillées, les chaines, les bollards. Chaque élément racontait quelque chose : l’usure du temps, la force des éléments, la présence humaine dans ce paysage maritime.

Photographie argentique en noir et blanc au 24mm avec de la Fomapan 200 exposée à F11.

Ce que l’argentique m’apprend

Shooter en argentique, c’est accepter de ne pas tout contrôler. C’est attendre le développement pour découvrir si la mise au point était bonne, si l’exposition était juste, si la composition fonctionne vraiment. Cette incertitude, paradoxalement, me libère. Elle me rappelle que la photographie, avant d’être technique, est une question de regard et d’intention.

Cette heure sur la jetée m’a aussi rappelé pourquoi j’aime tant le 24mm. Cette focale oblige à s’impliquer dans la scène, à se rapprocher, à être présent physiquement dans l’image qu’on crée. Pas de zoom pour se cacher, pas de longue focale pour garder ses distances. Le grand-angle, c’est l’immersion.

Photos de pêcheurs sur la digue de Calais. Photographie argentique au 24mm.

Retour à la digue

Quand l’heure du shooting famille est arrivée, je me suis senti apaisé, concentré. Cette parenthèse photographique, loin d’être du temps perdu, m’avait remis dans le bon état d’esprit. J’avais retrouvé ce que je cherche toujours en photographie : l’attention au présent, la connexion avec le lieu, le plaisir simple de composer une image.

Les photos de la jetée sont revenues du laboratoire quelques jours plus tard. Certaines sont réussies, d’autres moins. Mais chacune porte la trace de cette heure suspendue, de cette rencontre entre un nouvel objectif, une vieille technique, et un lieu qui ne demandait qu’à être regardé avec attention.

Calais, souvent perçue comme une simple ville de transit, mérite qu’on s’y arrête. Ne serait-ce qu’une heure. Appareil photo en main.

Le Canon EF 24mm F1.4 L II en photographie de paysage. Photo argentique d'un ferry quittant Calais. Image noir et blanc argentique.

Matériel utilisé : Canon EOS 3 + EF 24 mm F1.4 L II USM – Fomapan 200. Ilfosol 3 en 1+14 pendant 6 minutes.

J’ai récupéré un Canon 24 mm F/1,4 II L mal en point. La lentille frontale est griffée mais pour 400 euros, je n’ai pas fait la fine bouche.

Photographe argentique au Rolleiflex — Portraits sur pellicule. Lille, Paris, Belgique.


Studio Argentique

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.


Commentaires

6 réponses à « Une heure sur la jetée de Calais : premiers essais au Canon 24mm en argentique »

  1. Bonjour Fred ! J’aime bien l’idée de photographier à l’imprévu ça donne toujours de nouvelles pistes pour d’autres photos et de belles surprises. Néanmoins si j’ai bien compris tu as mis un nouveau objectif numérique sur ton boîtier argentique ?

    1. Bonjour Jérôme. En fait, les appareils argentiques et numériques Canon EOS partagent la même monture. Les anciens objectifs Canon EF sortis avant l’arrivée du numérique peuvent être montés sur un EOS numérique. Les nouveaux objectifs EF fonctionnent parfaitement sur les EOS 1V, EOS 3 ou EOS 30, 300 ou EOS 5. Le 24mm F/1,4 L ne déroge pas à la règle, tout comme le 35mm F/1,4 L, le 50 mm F/1,2, le 17-40 F/4 L ou le 70-200 F2,8 IS II.

  2. Bonjour Fred, ok je vois c’est le même principe pour Nikon . J’ignore si tu peux régler le diaphragme directement à partir du boîtier. Dernièrement j’ai revendu mon 35 mm de tamron malheureusement je ne pouvais plus l’utiliser sur mon f301 car pas de bague de diaph sur l’objectif ( un vrai crève cœur de m’en séparer )

    1. Oui, le diaphragme se règle depuis le boîtier, idem pour le Nikon F100 sur lequel je place un 35 mm F1.8 G ED dernière génération qui est une merveille ou le 50 mm F1,4 G ED. Les nouveaux Tamron ne sont pas utilisables en argentique. J’ai un 85 mm stabilisé de chez Tamron qui ne va que sur les 5D MK III. Dommage pour ton 35mm.

  3. you got very nice scenes ! and your results on Fomapan 200 135 are great.

    1. Thanks a lot Victor. I appreciate your comment.

Répondre à Fred le photographe Annuler la réponse.