J’ai travaillé avec deux Canon EOS 5D Mark III pendant des années. Fiables, robustes, dépassant chacun les 130 000 déclenchements. Je n’avais aucune raison urgente de changer — jusqu’au jour où j’ai réalisé que c’était mon corps qui lâchait avant l’appareil.

Ce que vous lisez ici n’est pas un test technique. C’est le récit d’un photographe de mariage qui a résisté longtemps à la migration vers l’hybride, a fini par craquer pour une raison très simple, et a des réserves à partager — notamment après une panne du R6 deux ans plus tard.

Je travaille avec deux Canon EOS 5D Mark III depuis quelques années maintenant. Ils remplissent toujours bien leur rôle en photographie d’événement et ont chacun dépassé les 130 000 déclenchements. Je n’ai pas grand chose à leur reprocher. Globalement, ils répondent aux critères des professionnels du reportage qui comme moi ont gardé leurs habitudes de travail. Fiabilité, robustesse, réactivité, bon autofocus et bonne autonomie, voilà les points forts de ce reflex. Des progrès énormes sont apparus avec les EOS R6 et R3 mais je n’ai pas l’impression que les images du 5D sont moins bonnes depuis, alors je continue à l’utiliser. Certes, je gagnerais en confort avec un EOS R6, plus léger et plus rapide que le 5D MKIII ou MKIV, et il y a des chances que le taux de photos réussies augmente légèrement mais au final les clients ne verraient pas la différence. On vous paye pour avoir de bons souvenirs en images, pas pour la qualité du piqué ou je ne sais quoi.

L’une des faiblesses du 5D Mark III est sa dynamique. Il est préférable de ne pas trop sous-exposer si ensuite vous devez relever les tons sombres en post-production. Le banding apparaît assez vite comparé au Nikon D750. C’est pour moi le gros point faible du 5D MKIII. Mais si l’exposition est bonne, alors vous n’avez pas de souci à vous faire. La colorimétrie n’est pas toujours à mon goût non plus mais je m’en arrange. Elle n’est pas forcément plus juste chez les concurrents. Je sais que les Nikonistes se plaignent aussi de la difficulté du traitement des couleurs. Les teintes bleues semblent leur poser problème. Chez Canon, les teintes orange et magenta qui apparaissent dans un certain type d’éclairage me gênent beaucoup en photographie de portrait. Il n’est pas toujours aisé de corriger ces dominantes de couleurs dans Lightroom. Parfois, je regrette le style d’image old school du 5D classique.

Le Canon EOS 5D MK III gère parfaitement bien l’exposition, même en cas de fort contraste. En reportage photo, on est souvent confronté à des luminosités délicates et parfois imprévisibles. Je n’ai pas de souci de ce côté là. Si les images sont surexposées ou sous-exposées, c’est de ma faute, pas celle de l’appareil. Il m’arrive parfois d’oublier de modifier les ISO en sortant d’un endroit sombre par exemple et comme je travaille souvent en mode manuel, l’erreur est fatale. L’avantage avec les appareils photos hybrides est de pouvoir visualiser l’exposition avant même de presser le bouton mais je ne sais pas ce que donne le viseur dans une pièce sombre. En tout cas, le R6 est censé détecter les sujets même en très basse lumière. Voilà un autre point positif que je trouve très utile en soirée. Sur la piste de danse, il est parfois difficile d’accrocher le sujet. Le Canon 6D et le Nikon D750 sont très forts à ce jeu là. J’imagine que le R6 doit être impressionnant.

Le 5D MK III était au top du top quand il est sorti. Aujourd’hui, il ne semble plus être à la hauteur selon certains. Nos anciens boîtiers ne sont pas de mauvais appareils. Les Canon EOS 3 argentiques me donnent encore satisfaction en 2022. Les nouveautés technologiques apportent juste plus de confort au photographe. J’admets que le poids du matériel est un critère essentiel qui pourrait un jour m’inciter à me séparer des EOS 5D MKIII et de leurs objectifs trop lourds, un problème majeur au bout de dix ou quinze heures de reportage.


Soyons honnêtes, la plupart des photographes ne se séparent pas de leur matériel parce qu’il est défaillant ou obsolète mais parce qu’ils sont attirés par la nouveauté et ont envie de se faire plaisir. Je ne critique pas. Si vous en avez les moyens, c’est tant mieux pour vous. Personnellement, j’attendrais volontiers une année supplémentaire avant de basculer à l’hybride, histoire de rentabiliser un peu plus les 5D MKIII. Le coût de cet appareil EOS R6 reste très élevé à l’achat et sachant qu’il me faut au moins deux exemplaires, la note va être salée, surtout si on est tenté par les nouveaux objectifs en monture RF. Les ventes d’appareils hybrides a dépassé celle des reflex dans la gamme premium. Il n’y aura bientôt plus de reflex haut de gamme au catalogue. Quand le Canon 5D Mark III est sorti, on nous affirmait qu’il s’agissait du boîtier ultime pour photographes de mariages. Apparemment, ce n’est plus le cas.

Heureusement, une photo ne se juge pas seulement sur le seul critère de la qualité d’image ou de sa résolution. De plus, entre un reflex et un hybride, la qualité d’image semble similaire. Les mariés qui veulent signer avec un professionnel en particulier ne le font pas parce qu’il possède deux EOS R3 et un parc d’objectifs ultra chers dédiés aux hybrides. Ils vous choisissent parce qu’ils aiment votre approche du reportage, l’attention que vous portez aux regards ou les moments choisis durant les préparatifs, le cocktail ou la cérémonie et éventuellement votre style. Au final, cela reste de la photo.
Les mariés ne vous en voudront pas s’il y a peu de jolis bokehs ( chers aux photographes amateurs passés pros ). Les clients s’attendent à voir de bons moments. Par contre, si vous avez oublié la grand-mère ou raté les moments importants à cause d’une zone de netteté trop courte, ils vous le feront savoir.
Le 5D Mark III en 2022 — ce que j’en retiens
Points forts : fiabilité à toute épreuve, gestion de l’exposition en conditions difficiles, robustesse sur la durée, autofocus réactif en reportage.
Points faibles : dynamique limitée (banding en sous-exposition), colorimétrie parfois capricieuse en portrait, poids lourd sur une longue journée.
Faut-il passer au R6 ?
Oui — mais pour la bonne raison. Pas parce que le 5D Mark III est mauvais, il ne l’est pas. Mais parce que le poids d’un reflex plein format avec ses objectifs se paye physiquement sur une journée de mariage. Le R6 est significativement plus léger et les performances en basse lumière sont réellement supérieures.
La réserve : la fiabilité. Mon R6 est tombé en panne deux ans après l’achat — [lien vers l’article sur la panne]. Ce que le 5D Mark III m’avait épargné pendant des années. À garder en tête avant d’investir.
Photographe mariage dans les Hauts de France : fredlaurent.com

Répondre à Fred le photographe Annuler la réponse.