Vous aimez les rendus Kodak en photographie argentique ? Ce billet explore comment recréer la richesse des couleurs Kodak dans vos presets personnels. Il propose des pistes simples pour évoquer l’univers Portra, Gold ou Ektar sans simuler, mais en respectant leur caractère visuel authentique.

Nos images numériques a l’état brut manquent souvent de caractère. Les couleurs sont justes mais trop proches de la réalité. Sans post-production, elles nous semblent plates et ennuyeuses. C’est pour cette raison que nous passons les fichiers numériques à la moulinette. Les photographies argentiques sont devenues une référence, une source d’inspiration, une base de travail en post-traitement. Le presets argentiques fleurissent sur la toile. Chacun tente de vendre sa propre mixture, avec à chaque fois les mêmes ingrédients : du grain et une dominante couleur. Ce sont surtout les défauts caractéristiques des pellicules couleurs que l’on cherche à imiter. Je n’avais pas envie de produire un tuto sur les presets argentiques mais plutôt vous donner quelques conseils pour imiter au mieux le rendu rendu des couleurs Kodak ou vous en approcher.
Voici un rendu couleur typiquement argentique
Le grain prononcé et une dominante rouge orangée sont les défauts caractéristiques de la sous exposition. L’erreur vient du fait que je photographie en mode manuel et que j’oublie parfois d’ajuster la vitesse ou l’ouverture en fonction de la quantité de lumière disponible. Vous le savez, on vous l’a tellement répété. Les pellicules couleur ne supportent pas trop la sous-exposition. Mais puisque la tendance est aux images bidouillées, allons-y franchement. Pourquoi ne pas commettre les erreurs classiques du débutant dès la prise de vue ? Provoquons les défauts tant recherchés en numérique.

Une sous exposition de plus d’un IL, sur la plupart des capteurs numériques, donne des résultats proches des photos argentiques des années 90. Les couleurs et le bruit sont renforcés.
Saturation des couleurs en argentique
La saturation des couleurs joue également un rôle déterminant dans un rendu argentique réaliste. La plupart des pellicules Kodak livrent des couleurs saturées. Pas besoin de forcer la saturation avec une Kodak Ektar ou une Kodak Ultramax. Tout dépend de la manière dont vous exposez le film. En exposant pour les tons moyens et en respectant la sensibilité indiquée sur la boîte (box speed), on obtient des couleurs denses. À l’inverse, une exposition d’un IL ou plus rend les couleurs plus légères, voire pastelles. Choisissez le rendu qui vous plaît en variant les expositions au moment de la prise de vue avant de retravailler vos photos sur logiciel.

Ce n’est pas la première fois que l’on m’interroge sur la légitimité de ce type de rendu. J’en parle plus en détail dans un précédent article. Je défendais une esthétique argentique maîtrisée, souvent jugée trop nette pour être crédible.
Création d’une calibration des couleurs personnalisée
Pour imiter le rendu d’une Kodak Portra avec Lightroom ou Photoshop, ne poussez pas le curseur de la saturation globale. Augmentez simplement la présence du rouge et du jaune et baissez la luminosité du bleu et du vert. Chaque pellicule possède une particularité : les Fuji tirent sur le vert/bleu, Kodak vers le jaune/rouge. C’est en testant des combinaisons de teintes, de saturation et de luminosité des couleurs différentes que l’on obtient le rendu couleur désiré. Le choix de la calibration intervient aussi dans le rendu final. Voyez aussi l’impact de l’étalonnage de l’appareil photo lorsque vous traitez vos fichiers RAW avec Lightroom. Selon le processus, le gamma change d’une version à l’autre. Autrement dit, le niveau de luminosité globale sera plus ou moins élevé.

Les extras
En plus d’une saturation sélective et d’une exposition adaptée à votre post-traitement, rien ne vous interdit de décaler la balance des blancs. Vous pouvez par exemple essayer un réglage tungstène sur certaines images ou renforcer la sensation de chaleur avec une balance des blancs réglée à 6500 K. Une autre méthode pour simuler la couleur dominante d’une pellicule Kodak est d’appliquer un filtre de couleur dans les tons clairs et/ou sombres. Les jeunes photographes de mariages et de portraits en raffolent.
Enfin, pour donner la sensation du grain argentique, il existe deux possibilités : soit un réglage des ISO positionné à un niveau élevé (voire très élevé selon le modèle de l’appareil photo), soit un ajout de bruit via Lightroom. L’effet « grain » est peut-être plus convaincant en passant par DXO Filmpack. Même si les films couleurs Kodak telles que l’Ektar ou la Portra 160 ont un grain peu visible, il reste présent. Attention, l’application d’un bruit numérique grossier modifie l’aspect de l’image. Utilisez cette solution avec parcimonie.

Certains corrigent la courbes des tonalités en coupant les noirs extrêmes et les hautes lumières. Vous pouvez intervenir directement sur la courbe dans le panneau « courbes des tonalités ». Cette réduction des teintes les plus sombres et les teintes les plus claires est censée reproduire l’aspect mat d’un tirage argentique. Là aussi, faites attention à ne pas aller trop loin au risque de provoquer des aberrations à l’impression.

Une fois les bons réglages obtenus, enregistrez la recette et donnez lui un nom à partir de l’onglet Développement et Nouveau paramètre prédéfini. Après tout ça, si le résultat ne correspond pas à vos attentes, il ne vous reste plus qu’à investir dans une caméra argentique à 10€ et un film Kodak.
La simulation a ses limites — c’est ce qui m’a amené à travailler exclusivement sur pellicule pour mes portraits d’artistes et de créateurs →. Le grain argentique réel et sa simulation numérique ne produisent pas la même image.
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