La couleur distrait. Le noir et blanc concentre. C’est la conclusion à laquelle je suis arrivé après dix ans de photographie de reportage — mariages, événements, photographie de rue.
Là où la couleur attire l’œil vers une veste rouge ou un fond chargé, le noir et blanc force le regard vers l’essentiel : le mouvement, le geste, l’expression. C’est pour ça que les grands photographes de rue ont toujours travaillé en N&B. Et c’est pour ça que j’ai fini par l’adopter même dans les situations les plus dynamiques — y compris sur la piste de danse d’un mariage.

Je me suis rendu compte que j’aimais davantage la photo noir et blanc quand il y avait de l’action
Les portraits posés en noir et blanc, ce n’est plus mon truc. Avant, j’attendais que le cadre soit parfait, que la personne soit disponible et souriante pour réaliser un portrait. Aujourd’hui, je rentre dans l’action avec les photographies en noir et blanc. Diriger un sujet dans le but de lui faire adopter une pose n’est pas évident et certaines personnes le vivent comme une contrainte. Place à la spontanéité, y compris pour les photos de groupes ! Le noir et blanc m’aide à clarifier les choses et à donner une autre lecture de l’image que l’esthétique des couleurs.

Photographier l’action en noir et blanc est devenu mon credo depuis quelque temps. Je m’éclate en travaillant de cette manière. J’ai toujours photographié les mariages sous un angle de reportage. La différence avec aujourd’hui, c’est que je ne m’étais jamais pris conscience que je devais le faire en noir et blanc. Le noir et blanc était réservé aux séances couples et beaux portraits. Je faisais attention à ne pas gâcher la moindre vue. Mais une succession de portraits tranquilles avec de beaux sourires de personnes figées ne suffit pas à remplir un reportage. Et ces photos sages que j’avais l’habitude de répéter au cours du vin d’honneur n’étaient pas toujours réussies pour autant.

J’ai clairement pris un tournant. L’idée me vient de la photographie de rue. Rien n’est statique dans cet exercice. Les dix années de pratique n’ont pas été vaines. Attention, je ne prétends pas être un artiste. Je me considère toujours comme un prestataire au service des particuliers et professionnels. Je fais en sorte d’être présent à chaque moment important. Le photographe de reportage est tout le temps en mouvement et surtout photographie des individus en action. Parfois, il ne faut pas grand chose pour qu’une photo soit vivante. Même un simple éclat de rire d’un invité lors d’un cocktail peut faire une bonne photo.


La quasi totalité des mariés me demandent des prises de vues dans l’action. Ils pensent que les photos seront plus naturelles en ne posant pas. Les photos paraissent parfois plus vraies. La réussite d’un portrait repose en grande partie sur les épaules du photographe mais dépend aussi de l’attitude du sujet photographié. Par contre, quand les photos sont prises sur le vif, le professionnel endosse seul la responsabilité des photos ratées. Parce qu’un portrait pris à la volée ne sera pas acceptable si la personne semble défigurée par une grimace ou si les cadrages sont mauvais. La difficulté pour le photographe est de se placer au bon endroit et de déclencher au bon moment. Il faut faire vite et bien. Opérer en mode reportage est exaltant et gratifiant. Le photographe de mariage s’amuse beaucoup plus avec des prises de vues sur le vif. Rester posté longtemps au même endroit à photographier des groupes d’individus qui défilent n’inspire personne.

J’adore quand ça bouge dans tous les sens. J’essaie de me placer au cœur de l’action. Avec le 35 mm vissé sur le Canon, je suis très proche de mon sujet. Il m’arrive de prendre des coups en soirée sur la piste de danse. J’ai pas mal de déchets mais quand la bonne image arrive, je suis heureux. Le rôle du professionnel est de trouver sans cesse de nouveaux points de vues et il doit se déplacer souvent. La pire des attitudes pour un photographe de mariage est de rester attentiste. On ne peut pas être dans l’attente d’une image. Il faut aller la chercher. La photographie de mariage en noir et blanc devient intéressante quand les protagonistes de l’histoire sont en mouvement.

Vous pouvez ne pas être d’accord avec moi sur cette idée que le noir et blanc se prête admirablement bien à la photo d’action. Mais essayez par vous-même et comparez vos images couleurs et monochromes. Vous me donnerez votre assentiment.
Noir et blanc et photo d’action — ce que j’en retiens
Le N&B n’est pas un filtre qu’on applique après coup. C’est une décision qui change la façon de photographier — on cherche la lumière, les contrastes, les silhouettes plutôt que les couleurs. En action, cette contrainte devient un avantage : l’image est immédiatement plus lisible, plus directe.
Si vous n’avez jamais essayé de photographier l’action en noir et blanc, faites le test sur votre prochain événement. Comparez avec vos images couleur. La différence saute aux yeux.

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