Portrait argentique : photographier une personne, créer une image

Un portrait commence bien avant que je déclenche.

Il commence par une rencontre, une conversation, parfois simplement par quelques minutes passées à comprendre qui est la personne que j’ai devant moi.

Je ne cherche pas seulement à faire une belle photographie. Je cherche une image qui ressemble à la personne. Une image dans laquelle elle puisse se reconnaître, même si elle ne se voit pas habituellement de cette façon.

Avec le temps, je me suis rendu compte que c’est probablement cela qui m’intéresse le plus dans le portrait argentique : il ne s’agit pas simplement de photographier un visage, mais de créer une image à partir d’une rencontre.

Portrait artiste sur film argentique Kodak à Lille

Un portrait commence avant de déclencher

Il y a des gens dont les photos ne leur ressemblent pas.

Ce n’est pas forcément parce que la photographie est mauvaise. Elle peut même être techniquement parfaite. Mais quelque chose ne fonctionne pas. Le visage est là, le sourire aussi, et pourtant la personne semble absente.

C’est ce que j’essaie d’éviter.

Avant une séance, j’aime savoir un peu qui j’ai devant moi. Ce qu’elle fait, ce qu’elle crée, ce qu’elle aime, ce qu’elle veut montrer. Le lieu peut avoir son importance : un atelier, une bibliothèque, un studio, un théâtre, un endroit simplement choisi parce qu’il dit quelque chose de la personne.

Je préfère cette approche à celle qui consiste à chercher immédiatement une « bonne pose ».

Je ne cherche pas à fabriquer un personnage. Je cherche plutôt le moment où quelque chose devient juste.

Ce que l’argentique change dans la relation

Photographier à l’argentique change forcément la manière de travailler.

Une pellicule ne permet pas de multiplier les prises de vues sans y penser. Avec un Rolleiflex, douze poses seulement sur un film 120. En 24×36, davantage, mais toujours cette sensation que chaque déclenchement compte.

Ce n’est pas une contrainte que je cherche à cacher. Au contraire.

Elle oblige à regarder davantage. À attendre. À parler entre deux photographies. À laisser la personne bouger, réfléchir, reprendre sa place.

Je crois que cette lenteur se ressent dans les images.

Le matériel n’est finalement qu’un moyen. Ce qui m’intéresse, c’est l’attention qu’il impose.

Portrait famille sur film argentique

Avec un appareil numérique, on peut facilement vérifier, recommencer, multiplier les variantes. Avec l’argentique, il faut accepter de ne pas tout contrôler.

Et cette part d’incertitude fait aussi partie du portrait.

Noir et blanc ou couleur : deux façons d’écrire un portrait

Je photographie beaucoup en noir et blanc.

Il correspond naturellement à ma manière de regarder les personnes : les expressions, les regards, les gestes, les matières, la lumière. Il permet aussi de retirer certaines informations pour mieux se concentrer sur la présence.

Mais je ne considère pas la couleur comme une simple alternative.

Il m’arrive de commencer une séance en noir et blanc et de terminer avec une pellicule couleur. Le choix dépend de la personne, du lieu, de la lumière et surtout de ce que l’on cherche à raconter.

C’est ce qui s’est passé avec Julie, par exemple.

Elle avait choisi la gare Saint-Sauveur à Lille pour une séance de portraits. Elle n’était pas modèle et posait pour la première fois en extérieur. La séance s’est faite assez naturellement, et j’ai finalement utilisé deux pellicules : une en noir et blanc, puis quelques vues en couleur.

En une heure environ, les deux films étaient terminés.

Ce que j’aime dans cette séance, ce n’est pas seulement le résultat. C’est aussi le souvenir de la façon dont elle s’est progressivement détendue devant l’appareil.

Portrait éditorial sur pellicule noir et blanc argentique
Portrait styliste en noir et blanc argentique

35 mm ou moyen format : deux façons d’être avec son sujet

Je travaille aussi bien en 35 mm qu’au moyen format.

Le 35 mm est plus léger, plus mobile. Il permet de se déplacer facilement, de photographier dans la rue, dans un atelier ou dans un environnement où le portrait doit rester très spontané.

Le Rolleiflex, lui, impose autre chose.

On regarde dans un viseur placé au-dessus de l’appareil. On ne porte pas forcément le boîtier devant son visage. Le rapport avec la personne est différent. Le rythme est plus lent et le cadrage demande davantage d’attention.

Je ne dirais pas qu’un format est meilleur que l’autre.

Ils ne racontent simplement pas la même chose.

Et parfois, c’est justement le choix de l’appareil qui permet de trouver la bonne manière d’être avec quelqu’un.

Photographier une personne dans son univers

Un portrait ne se résume pas toujours à un visage posé devant un fond.

Pour un artiste, un musicien, un auteur, un comédien, un artisan ou un créateur, l’environnement peut faire partie intégrante de l’image.

Un instrument, des livres, des outils, une matière, un atelier, une scène, un geste peuvent raconter autant que le visage.

J’aime particulièrement ces situations où le métier ou la création commencent à entrer naturellement dans le portrait.

Il ne s’agit pas de tout montrer.

Parfois, un détail suffit.

Une paire de mains. Un objet. Une façon de travailler. Un endroit dans lequel la personne se sent elle-même.

C’est aussi pour cela que je ne limite pas mon approche aux artistes au sens strict. Un auteur, un artisan, un indépendant, un créateur ou une personne qui développe un projet personnel peuvent avoir besoin exactement de la même chose : une image qui fasse le lien entre la personne et ce qu’elle fait.

Portrait en situation à Lille sur pellicule argentique couleur

Quand le portrait devient une image utile

Il existe aussi des portraits qui ont une fonction très concrète.

Une photographie pour un dossier de presse. Pour un éditeur. Pour un site internet. Pour une quatrième de couverture. Pour un dossier de résidence ou de programmation. Pour présenter un projet.

Dans ce cas, la photographie doit pouvoir vivre ailleurs que dans une galerie personnelle.

Elle doit pouvoir être recadrée, imprimée, publiée, parfois réduite à quelques centimètres sans perdre ce qui fait sa force.

J’aime cette idée d’une image qui travaille pour la personne.

Pas cinquante fichiers JPEG livrés pour alimenter les réseaux sociaux pendant quelques semaines.

Une image — parfois deux ou trois — construite pour durer.

Cela demande de réfléchir en amont à l’utilisation de la photographie, mais aussi à ce que la personne veut réellement montrer.

Et si elle ne le sait pas encore, ce n’est pas un problème.

C’est justement une bonne raison pour en parler avant de photographier.

Le métier et la création peuvent aussi entrer dans le portrait

Je suis particulièrement sensible aux personnes dont le métier laisse des traces visibles dans leur manière d’être.

L’artisan qui travaille avec ses mains. Le musicien avec son instrument. L’auteur avec ses livres. Le sculpteur avec sa matière.

Dans ces situations, je ne cherche pas forcément à faire un portrait « de métier ».

Je cherche plutôt à comprendre comment le métier ou la création font partie de la personne.

J’ai photographié par exemple le travail du sculpteur Jean-Louis Muller au Mont Kemmel. Je n’y ai pas cherché une reproduction documentaire de son œuvre. Le lieu, la sculpture, la lumière et le choix du film participaient ensemble à l’image.

C’est une autre façon de penser le portrait : parfois, pour photographier quelqu’un, il faut aussi regarder ce qu’il crée.

Portrait d'un artiste et ses poteries. photo argentique en noir et blanc.

Quelle pellicule pour quel portrait ?

Je ne crois pas qu’il existe une pellicule idéale pour tous les portraits.

La Tri-X peut donner quelque chose de très présent, avec son grain et ses contrastes. La HP5 est plus souple et fonctionne particulièrement bien lorsque la lumière change ou que l’on travaille dans des conditions moins prévisibles.

La Delta ou la T-Max peuvent apporter davantage de finesse et de précision.

Mais je ne choisis pas une pellicule uniquement pour ses caractéristiques techniques.

Je la choisis aussi en fonction de la personne, du lieu et de l’image que j’ai en tête.

La pellicule participe à l’écriture du portrait.

C’est pour cela que je préfère parler de rendu plutôt que de « meilleure pellicule ».

Il n’y a pas de meilleure pellicule dans l’absolu. Il y a celle qui, à un moment donné, me semble correspondre à l’image que je veux créer.

Quelques portraits réalisés sur pellicule

Il y a évidemment des séances dont je me souviens mieux que d’autres.

Celle de Julie à Lille-Saint-Sauveur en fait partie, justement parce qu’elle montre bien ce que j’aime dans cette façon de travailler : une personne qui n’est pas habituée à poser, un lieu choisi par elle, une heure environ, deux pellicules et une relation qui évolue au fil de la séance.

Il y a aussi Delphine, rencontrée à Lille pour une séance beaucoup plus classique.

Elle est modèle mais également comédienne, et cette expérience de la scène se ressentait dans sa façon d’être devant l’objectif. La séance a été assez rapide, dans de bonnes conditions de lumière, avec une pellicule Kodak BW400CN.

Là encore, ce n’est pas le nombre de photographies réalisées qui m’intéresse aujourd’hui.

C’est la rencontre et ce qu’elle a permis de faire apparaître.

Portrait comédienne en noir et blanc argentique à Lille

Ces séances sont très différentes les unes des autres.

Et c’est justement ce que j’aime dans le portrait : il n’y a pas de méthode unique qui fonctionnerait pour tout le monde.

Une image plutôt qu’une collection de fichiers

L’une des choses qui ont changé dans ma manière de travailler avec le temps, c’est mon rapport à la quantité.

Je n’ai pas besoin de produire des centaines d’images pour avoir le sentiment qu’une séance est réussie.

Avec l’argentique, la sélection commence presque dès la prise de vue. Il y a le film, le développement, le scan, puis le choix des images.

Je préfère aujourd’hui remettre moins de photographies, mais mieux choisies.

Une bonne image peut suffire.

Elle peut être utilisée pendant plusieurs années. Sur un site, dans un livre, dans un article, dans la presse ou simplement imprimée et conservée.

Et lorsqu’un portrait mérite d’être imprimé, j’aime aller jusqu’au bout du processus avec un tirage plutôt que de considérer le fichier numérique comme la finalité de la photographie.

C’est aussi ce qui m’a amené à m’intéresser de plus en plus au tirage argentique et au papier baryté.

Le négatif n’est alors qu’une étape.

L’image existe vraiment lorsqu’elle trouve sa forme.

Une personne, un univers, une image

Je ne cherche pas à faire entrer tout le monde dans une même esthétique.

Je préfère partir de la personne, de ce qu’elle fait, de ce qu’elle crée et de l’endroit dans lequel elle se sent à sa place.

L’argentique m’aide à ralentir cette rencontre.

Il m’oblige à regarder, à écouter et à choisir.

Au bout du compte, c’est peut-être cela qui m’intéresse le plus : faire en sorte qu’une photographie ne soit pas seulement une représentation d’une personne, mais une image qui lui ressemble.

Vous avez un projet, un métier, une création à montrer ou simplement une idée d’image ?

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Photographe argentique au Rolleiflex — Portraits sur pellicule. Lille, Paris, Belgique.


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