
Après des années à photographier des mariages, on pourrait croire qu’on a fait le tour des situations délicates. Pourtant, il y a deux semaines, je me suis fait avoir en beauté lors d’un reportage. Une belle leçon d’humilité qui m’a fait réfléchir sur ma pratique et sur nos attentes en matière de photographie. Voici mon mea culpa de fin d’année.
Le piège d’un musée sans lumière
La scène : décembre, un musée plongé dans le noir, et moi qui ai laissé mon flash dans la voiture. Brillant, non ?
Je ne photographie jamais au flash pendant une cérémonie religieuse, c’est une question de respect. Je n’avais donc aucune raison de l’emporter avec mois à ce moment là. Mais juste après la cérémonie, les mariés ont souhaité une série de portraits dans le musée voisin ouvert spécialement pour eux, une étape qui n’était pas au programme. Avec le jour qui tombe à 17h en plein hiver, je me suis retrouvé dans une situation que j’aurais dû anticiper.
Mon équipement ? Un 28-70 f/2.8 et un 35mm f/1.4. Pas mal, mais pas suffisant quand il fait nuit noire. J’ai dû pousser le capteur à 20 000 ISO pour garder une vitesse d’obturation décente. Résultat : du bruit numérique à gogo et des heures de traitement logiciel pour sauver les meubles.
Quand l’expérience ne suffit plus
Le plus agaçant dans l’histoire ? Ce n’est pas mon premier mariage. J’ai photographié bien plus de mariages que beaucoup de mes confrères. Je connais les pièges par cœur. Mais voilà, l’excès de confiance, ça finit toujours par vous rattraper.
Depuis dix ans, je cherche à simplifier mon équipement au maximum. Moins de matériel, plus de réactivité, une meilleure concentration sur ce qui se passe autour de moi. La fatigue se fait sentir plus vite qu’avant, alors j’ai voulu rationaliser. Le problème ? J’ai poussé le minimalisme un peu trop loin.
J’ai toujours eu cet adage en tête : un petit flash même basique au fond du sac peut sauver une situation compliquée. Mais ce jour-là, il était dans la voiture. Belle ironie.
[article à lire : Reportage mariage : pourquoi un équipement minimaliste peut tout changer ?]
L’équilibre impossible entre minimalisme et préparation
C’est là tout le paradoxe du photographe de mariage : comment rester léger tout en étant prêt à tout ?
En hiver particulièrement, il faut anticiper. Prévoir la séance couple assez tôt, avertir les clients des contraintes liées à la lumière, même s’ils ne veulent pas forcément de portraits posés. C’est notre rôle de professionnels de les prévenir de ce qui pourrait arriver. Une photo de groupe dans une salle étroite et mal éclairée ? Ça arrive plus souvent qu’on ne le croit. Et là, le grand angle et le flash deviennent vos meilleurs amis.
Le grand malentendu du grain et du flou
Voici ce qui me fascine : je photographie des soirées et des mariages en argentique depuis vingt ans. Le grain, le flou, ça fait partie du charme. Les clients qui demandent spécifiquement une prestation sur film l’acceptent parfaitement. C’est même ce qu’ils recherchent.
Mais aujourd’hui, avec les performances des smartphones et l’arrivée de l’IA, j’ai l’impression que la majorité des gens ne comprend plus pourquoi une image pourrait ne pas être ultra nette et totalement dépourvue de bruit.
J’ai numérisé récemment une photo argentique prise en Belgique avant les fêtes. Elle a du grain, elle est légèrement floue. Je l’adore. Mais serait-elle acceptée par le client lambda d’aujourd’hui ? J’en doute.
Ma résolution de fin d’année
Cette mésaventure m’a fait réfléchir. Je pense que je vais davantage assumer les flous de vitesse et les mises au point volontairement approximatives dans mon travail. J’en ai assez de cette course à la netteté absolue, de cette recherche constante de l’image parfaite.
On ne fait pas de la publicité pour produits de luxe. On photographie la vraie vie. Le soleil n’est pas systématiquement radieux lors d’un mariage. Les choses ne se déroulent pas comme dans un conte de fées. Il y a des imprévus, des ratés, de l’imperfection.
En photographie, c’est pareil. Ce qui compte au final, ce sont les souvenirs capturés, l’émotion préservée. Pas une esthétique parfaite et aseptisée.
Conclusion
Alors oui, je me suis fait avoir par mon excès de confiance. Mais cette erreur m’a rappelé l’essentiel : rester vigilant, anticiper, et surtout, ne jamais oublier qu’en photographie de mariage, on documente des moments uniques. L’important n’est pas la perfection technique, c’est l’authenticité de l’instant.
Et la prochaine fois ? Le flash sera dans le sac. Promis.
Un projet mariage en vu ? Photographe professionnel à Lille.

Commentaires
6 réponses à « Quand l’excès de confiance rattrape le photographe de mariage : mes leçons de fin d’année »
Bonjour Fred, merci pour ce partage et ta réflexion. Je pense que nous serons un certain nombre à plus ou moins nous retrouver dans cette situation, entre emporter trop d’accessoires pour ne pas s’encombrer, et prendre le minimum pour aller à l’essentiel, choisir ce qui pourrait être utile et qui ne le sera pas, ou l’inverse… Ta leçon en est une pour chacun d’entre nous.
Bonnes fêtes de fin d’année à toutes et à tous !
Merci beaucoup pour ton message. On pense que tout est acquis arrivé à un certain âge mais il faut rester vigilant et continuer à se remettre en question régulièrement.
Amicalement.
Bonjour Fred, tu sais, dans le genre, il y a oublier de vérifier s’il y a un film dans l’appareil avant une séance photo acrobatique au dessus de l’eau. Au cinquième déclenchements, tu t’en aperçois et tu as l’air … comme la lune ! Ou tu as changé de sac et tu te le jures, tu as bien 3 batteries d’avance avec toi pour la sortie … mais pas celles de ton appareil du jour ! Distraction, envie de faire vite, excès de confiance, on est tous passé par là mais il est vrai que pour toi qui photographie des moments uniques, c’est douloureux si ça arrive. Allez, tu n’es pas seul dans le désert. Toutes mes amitiés.?
Bonjour JP. Content de te lire. Oui, c’est vrai tout le monde commet une erreur fatale au moins une fois. Dans le cas présent, l’attente des mariés était forte. Le lieu avait du sens pour eux. Je n’ai pas assuré et je m’en veux terriblement. Un photographe amateur avec un petit reflex doté d’un flash pop up aurait certainement fait mieux que moi. Il faut du temps pour digérer. Mes amitiés.
ce que j’aime chez Fred c’est son honnêteté dans ses textes, ses témoignages et son expérience de Professionnel de l’image à l’ancienne.. Tant que Fred nous offrira ce luxe, la photo, la vraie, celle du 7éme art, sera notre fil rouge indispensable par ces temps de désertification de nos libertés…
alphige
Bonsoir Alain Philippe.
Votre commentaire me touche énormément. Je pense qu’il faut savoir reconnaître ses erreurs. C’est une bonne façon de progresser. On ne devrait pas parler uniquement des réussites mais aussi des choses qui fâchent. Là, je suis suffisamment en colère contre moi, pour en parler. Je vous souhaite une excellente fin d’année !