Des milliers de ratés pour trouver sa voie — ce que l’argentique m’a vraiment appris

Fanfare italienne en déambulation. Photographie argentique. Artistes de rue.

Des milliers de ratés pour trouver sa voie — ce que l’argentique m’a vraiment appris

À force de fouiller mes archives argentiques, je me suis posé une question assez simple : tout cela valait-il vraiment la peine ?

Des milliers de photographies, des dizaines de pellicules, beaucoup d’images oubliées, quelques réussites et énormément de ratés.

Et pourtant, en regardant tout cela aujourd’hui, je me rends compte que presque aucune de ces photographies n’a été inutile.

Même celles que je n’aime plus ont participé à quelque chose.

Apprendre en photographiant

J’ai accumulé des milliers de photographies argentiques au cours des trente dernières années.

Avant cela, je photographiais relativement peu. Puis je suis passé de la photographie souvenir à la photographie passion. J’ai commencé à photographier beaucoup plus, à essayer, à recommencer, à changer d’appareil, de film, de manière de faire.

Et surtout, j’ai commencé à regarder mes propres erreurs.

Certaines photographies étaient techniquement ratées. Mauvaise exposition, mise au point approximative, cadrage sans intérêt. D’autres étaient parfaitement réussies sur le plan technique mais ne disaient absolument rien.

C’est probablement cette deuxième catégorie qui m’a le plus appris.

Je comparais mes images avec celles des photographes que j’admirais. J’essayais de comprendre pourquoi une photographie fonctionnait et pourquoi la mienne ne fonctionnait pas.

Puis je recommençais.

Les événements locaux étaient devenus un terrain d’entraînement. Je photographiais le jour, la nuit, dans la rue, dans les fêtes et les manifestations. Je rentrais parfois avec beaucoup d’images et très peu de photographies que j’avais réellement envie de conserver.

C’était souvent frustrant.

Mais il fallait bien passer par là.

Le nombre ne fait pas le photographe

Avec le recul, je ne pense pas que ce soit le nombre de photographies qui compte.

Ce qui compte, c’est ce que l’on en fait.

Photographier beaucoup permet de rencontrer ses propres limites. On finit par reconnaître les situations dans lesquelles on hésite, les erreurs que l’on répète, les cadrages qui reviennent sans cesse.

Et puis, progressivement, certaines choses deviennent instinctives.

On anticipe davantage. On regarde différemment la lumière. On sait plus rapidement où se placer. On comprend qu’une scène intéressante n’est pas forcément celle qui paraît spectaculaire au premier regard.

Ce sont de petites acquisitions, presque invisibles lorsqu’elles se produisent.

Mais elles finissent par modifier profondément la manière de photographier.

Photographie de mariage en noir et blanc argentique

Le premier mariage

C’est probablement ce cheminement qui m’a conduit, un jour, à accepter mon premier mariage.

Je me souviens surtout de la responsabilité que je ressentais.

J’étais évidemment heureux qu’un couple me fasse confiance, mais j’étais aussi terrifié à l’idée de devoir photographier des moments qui, eux, ne se représenteraient pas.

À l’époque, je travaillais en argentique.

Je n’avais donc pas la possibilité de regarder immédiatement ce que j’avais photographié. Il fallait faire confiance à ce que j’avais appris, à mes réglages, à mon anticipation et surtout à mon regard.

Les mariés étaient confiants.

Et finalement, ils ont été ravis des photographies que je leur ai livrées.

Quelque chose s’est débloqué à ce moment-là.

J’ai commencé à croire que je pouvais réellement en faire mon métier.

Tango argentin. Couple de danseurs. photographie argentique en noir et blanc.

Trouver sa voie ne se fait pas en une seule fois

Je regarde aujourd’hui cette période avec un peu de recul.

Je pensais alors qu’il fallait être suffisamment bon avant de pouvoir devenir professionnel. Comme s’il existait un moment précis où l’on aurait enfin atteint le niveau nécessaire.

Je comprends maintenant que cela ne fonctionne pas vraiment comme ça.

On apprend en faisant.

Et même après des milliers de photographies, on continue à apprendre.

La différence, peut-être, c’est qu’on sait mieux ce que l’on cherche et que l’on reconnaît plus rapidement ce qui ne fonctionne pas.

Le passage de la passion au métier m’a aussi appris autre chose : être photographe professionnel ne consiste pas seulement à savoir faire une photographie.

Il faut savoir écouter, anticiper, s’adapter, travailler avec des personnes, tenir ses engagements et prendre des décisions lorsque les choses ne se passent pas exactement comme prévu.

La maîtrise d’un appareil photo n’est qu’une partie du chemin.

Les photographies ratées restent quelque part

Je ne garde évidemment pas toutes mes anciennes photographies.

Certaines n’ont plus aucun intérêt pour moi.

Mais elles font partie de mon histoire photographique.

Elles témoignent de ce que je ne savais pas encore faire, de ce que j’essayais de comprendre et parfois de la direction que je prenais sans même m’en rendre compte.

C’est peut-être pour cela que je prends aujourd’hui autant de plaisir à fouiller mes anciennes archives.

Une photographie que je trouvais sans intérêt il y a vingt ans peut parfois me montrer quelque chose que je n’étais pas encore capable de voir à l’époque.

Le regard change.

La photographie aussi.

Portrait d'un porteur de géant - Patrimoine culturel - Photographie argentique en noir et blanc.

Continuer à chercher

Je ne considère pas pour autant avoir trouvé une formule définitive.

Je continue à expérimenter, à changer d’appareil, à essayer d’autres films, à photographier différemment. Certaines expériences aboutissent à une image qui me plaît. D’autres beaucoup moins.

Mais je ne regarde plus vraiment les ratés de la même manière.

Ils font partie du processus.

Cette démarche — chercher, photographier, rater, regarder, comprendre et recommencer — continue d’accompagner mon travail aujourd’hui.

Elle est présente dans mes projets personnels comme dans mes portraits argentiques.

Je ne cherche plus à produire beaucoup de photographies.

Je cherche plutôt à comprendre, à chaque nouvelle expérience, pourquoi certaines images restent et d’autres disparaissent.

Finalement, toutes ces photographies ont bien servi à quelque chose.

Elles m’ont appris à regarder.

Et c’est probablement la chose la plus importante qu’elles pouvaient m’apprendre.


→ Portrait argentique noir et blanc

Photographe argentique au Rolleiflex — Portraits sur pellicule. Lille, Paris, Belgique.


Studio Argentique

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