Le temps d’une pellicule, j’ai essayé de photographier dans la rue avec le Zeiss Ikonta M — un peu comme ces grands photographes du siècle dernier qui m’ont tant fait vibrer : Sabine Weiss, Robert Doisneau, Willy Ronis. On connaît peut-être la technique, mais rien ne vaut le talent de ces maîtres de la photographie humaniste.
Cela ne me dérange pas de ne pas arriver à leur cheville. J’ai beaucoup apprécié la méthode de travail lente et réfléchie qu’impose ce type d’appareil. Avec un 24×36 classique comme le Nikon FM2n, je réagis instantanément — les déclenchements sont plus nerveux, plus instinctifs. Le Zeiss Ikonta M impose autre chose.
Ce que Willy Ronis m’a appris sur la photographie humaniste
La photographie humaniste n’est pas un style graphique — c’est une posture. Willy Ronis, Doisneau, Sabine Weiss ne cherchaient pas l’image spectaculaire. Ils cherchaient la vérité d’un instant, la dignité d’un visage, la poésie du quotidien. Leurs images ne claquent pas — elles durent.
Ce que j’ai essayé de retrouver avec le Zeiss Ikonta M, c’est cette disposition intérieure — observer avant de déclencher, attendre le bon moment plutôt que le provoquer, accepter que la plupart des images ne soient pas à la hauteur de l’intention.
Le format 6×6 comme outil d’apprentissage
Je pense que le format 6×6 argentique est un très bon outil d’apprentissage de la photographie, de la composition et du choix du sujet. Le cadre carré oblige à penser différemment — pas de règle des tiers instinctive, pas de format horizontal par défaut. Tout se recompose.
Les douze poses par pellicule au 6×6 sont une contrainte qui devient une discipline. On ne mitraille pas — on choisit. Et ce choix, répété pellicule après pellicule, construit un regard que le numérique ne peut pas construire de la même façon.
L’humilité comme condition
Il faut beaucoup d’humilité et travailler intensément avant d’arriver à produire de bonnes images. Elles ne viennent pas toutes seules — et le talent ne s’apprend pas.
Ce que j’ai retenu de cette session au Zeiss Ikonta M, c’est que la photographie humaniste n’est pas une question d’appareil ou de pellicule. C’est une question de regard — et le regard se construit sur la durée, par l’accumulation des tentatives, des ratés et des rares images qui tiennent.
Cette lenteur — cette façon d’être là avant de déclencher — c’est aussi ce que j’essaie d’apporter dans mes séances de portrait argentique.
→ Portrait argentique noir et blanc · Photographe artiste Lille · Portraitiste de rue en argentique

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