Portrait argentique couleur vintage : pourquoi le rendu ne dépend pas du matériel

Portrait argentique couleur vintage à Lille. Photo style 70 sur pellicule Fuji X-Tra 400.

On associe souvent le portrait argentique couleur à un certain type d’appareil photo : un Rolleiflex, un Hasselblad, un vieux reflex devenu mythique ou quelque autre boîtier que l’on imagine capable de produire, à lui seul, une image particulière.

Pourtant, lorsque je photographie un portrait, ce n’est pas l’appareil qui me préoccupe le plus.

Un portrait ne devient pas intéressant simplement parce qu’il a été réalisé avec un appareil ancien ou une pellicule réputée. Le rendu d’une image dépend de beaucoup de choses : la lumière, le choix du film, la manière de photographier, mais surtout la relation qui s’établit avec la personne devant l’objectif.

Portrait style vintage sur pellicule kodak Portra. Photographe argentique Lille spécialisé artistes, comédiens et mannequina.
Pellicule Kodak Color

Le matériel ne fait pas le portrait

J’ai longtemps été sensible aux appareils photo. Comme beaucoup de photographes, j’ai aimé les essayer, les comparer, comprendre leurs particularités.

Mais avec le temps, je me suis rendu compte que l’appareil n’était qu’un outil.

Un appareil prestigieux ne donnera pas automatiquement un beau portrait. À l’inverse, un boîtier simple, parfois ancien ou assez rudimentaire, peut parfaitement convenir si l’on sait ce que l’on cherche et que l’on reste attentif à la personne photographiée.

C’est aussi pour cette raison que j’aime encore utiliser des appareils très différents les uns des autres. Un Olympus OM-2000, un Canon AE-1 ou un Minolta X-700 ne produisent pas exactement la même expérience de prise de vue, mais aucun ne m’empêche de faire un portrait.

L’essentiel est ailleurs.

La pellicule participe à l’image

La pellicule a évidemment son importance.

Une Kodak Gold 200 ne donnera pas exactement la même image qu’une Portra 400. Les couleurs, le contraste, la façon dont les tons de peau sont rendus ou la manière dont la lumière est enregistrée participent à l’atmosphère générale de la photographie.

Mais je me méfie de l’idée selon laquelle une pellicule pourrait, à elle seule, produire un « rendu vintage ».

Il n’existe pas une recette unique du portrait argentique couleur. Le résultat dépend de l’ensemble des choix qui précèdent le déclenchement.

Une même pellicule peut donner des images très différentes selon la lumière, le lieu, l’exposition ou la manière dont le portrait est réalisé.

La pellicule est donc une partie de l’image, pas son explication complète.

Portrait argentique vintage sur pellicule Kodak.
Pellicule Kodak Portra

La lumière avant tout

La lumière joue probablement un rôle beaucoup plus important que le choix de l’appareil.

Une lumière douce dans un intérieur, une fin de journée, une fenêtre, un contre-jour léger ou simplement une lumière naturelle bien observée peuvent transformer complètement un portrait.

Je ne cherche pas forcément une lumière parfaite. Je cherche surtout une lumière qui corresponde à la personne et à l’ambiance que nous voulons créer.

C’est là que le portrait devient intéressant : il ne s’agit plus seulement d’enregistrer un visage, mais de construire une image autour d’une présence.

Photographier quelqu’un plutôt que le faire poser

Il y a aussi tout ce qui se passe entre le photographe et la personne photographiée.

Une posture trop travaillée, une expression fabriquée ou une pose répétée jusqu’à devenir mécanique peuvent rapidement donner une image qui ressemble davantage à une démonstration photographique qu’à un portrait.

Je préfère généralement laisser une certaine liberté.

Un mouvement, un regard qui échappe un instant à l’objectif, une position légèrement imparfaite peuvent donner beaucoup plus de vie à l’image qu’une pose parfaitement maîtrisée.

Cela demande évidemment de prendre le temps de regarder et d’échanger. Le rôle du photographe n’est pas seulement de régler son appareil et d’appuyer sur le déclencheur. Il consiste aussi à créer les conditions dans lesquelles la personne peut oublier, au moins un moment, qu’elle est en train d’être photographiée.

Portrait d'une jeune femme avec des cheveux blonds, portant des boucles d'oreilles, fixant l'objectif avec un regard intense, pris dans un environnement naturel flou.
Kodak Gold 200 – Olympus OM 2000

Pourquoi j’aime parfois les appareils simples

C’est aussi pour cela que je continue à utiliser des appareils qui n’ont rien d’exceptionnel.

Un appareil simple peut même avoir un avantage : il oblige à rester concentré sur l’essentiel.

Lorsque je photographie avec un ancien reflex argentique, je ne cherche pas à multiplier les réglages. Je connais ses limites, je sais comment il réagit et je peux alors consacrer davantage d’attention à la personne devant moi.

L’appareil devient presque invisible.

C’est finalement ce que j’attends d’un outil photographique : qu’il me permette de rester disponible pour ce qui se passe réellement devant l’objectif.

Le « vintage » n’est pas un filtre

Le mot « vintage » est aujourd’hui utilisé pour beaucoup de choses.

En photographie, il peut désigner une couleur, un grain, une certaine douceur ou simplement l’apparence d’une image ancienne. Mais je ne cherche pas à reproduire artificiellement une photographie du passé.

Ce qui m’intéresse dans l’argentique est plutôt ce qu’il apporte à ma manière de photographier.

La matière du film, ses réactions à la lumière, ses petites irrégularités, mais aussi le temps nécessaire avant de voir l’image participent à cette expérience.

Le résultat n’est jamais totalement prévisible.

Et c’est justement cette part d’incertitude que j’aime.

Couleurs argentiques portrait vintage sur film Fuji. Style années 90. Photographe argentique Lille.
Pellicule Fuji Pro 400H

Un portrait doit ressembler à la personne

Au fond, je crois qu’un portrait réussi ne devrait pas d’abord se reconnaître à l’appareil avec lequel il a été réalisé.

Il devrait se reconnaître à la personne qui y apparaît.

C’est particulièrement important lorsque je photographie des artistes, des auteurs, des artisans ou des créateurs. Leur portrait doit pouvoir accompagner leur travail sans devenir une simple illustration d’un style photographique.

L’appareil, la pellicule, la lumière et le décor sont là pour servir cette rencontre.

C’est cette approche que je développe aujourd’hui dans mes portraits de personnes qui ont un projet, un métier ou une création à montrer : chercher une image qui leur ressemble plutôt qu’appliquer un rendu prédéfini.

Le matériel peut faire rêver. J’aime d’ailleurs toujours autant les appareils anciens et les belles mécaniques.

Mais ce n’est pas lui qui crée le portrait.

Au bout du compte, une photographie se regarde. Et si elle fonctionne, c’est peut-être simplement parce qu’on y reconnaît quelque chose de la personne photographiée — et un peu de la manière dont elle a été regardée.

Photographe argentique au Rolleiflex — Portraits sur pellicule. Lille, Paris, Belgique.


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