
Les joueurs d’échecs — c’est un sujet récurrent en photographie de rue, surtout en noir et blanc. Pourtant, quand je suis tombé sur ce négatif en numérisant une ancienne série du Vieux-Lille, quelque chose m’a arrêté. J’avais oublié cette image. Et en la retrouvant, j’ai compris pourquoi elle méritait d’exister.
Un classique — et alors ?
Oui, des photographies noir et blanc de joueurs d’échecs, vous en trouverez des milliers. C’est un classique du genre — au même titre que les marchés, les vieux visages ridés ou les enfants qui courent dans la rue. Je le sais. Et je m’en fiche.
Parce que la question n’est pas l’originalité du sujet. Elle est dans ce que l’image dit — ou ne dit pas. Cette photo me rappelle les photos d’antan. Ces images qui ne cherchaient pas à épater, qui ne passaient pas trois heures en post-traitement pour simuler une « esthétique argentique ». Elles étaient juste là, présentes, vraies.
Ce que la photographie de rue argentique permet encore
Plus j’avance, plus je m’éloigne des images modernes — lisses, accentuées, aux effets racoleurs. Avec la prolifération des techniques numériques, beaucoup de photos d’aujourd’hui montrent davantage des effets de style que de bons sujets ou des histoires bien traitées.
La photographie de rue en argentique oblige à une autre discipline. On ne déclenche pas par réflexe. On observe, on attend, on choisit. Et parfois, on rate. Mais quand ça arrive — quand l’image est là, juste, sans artifice — elle dit quelque chose qu’aucun filtre Instagram ne pourra jamais reproduire.
Y aura-t-il encore de vrais photographes humanistes dans vingt ans ? Je l’espère. Et j’essaie, à ma façon, d’en être un.
Pourquoi cette image plutôt qu’une autre
Cette photo fait partie d’une série réalisée dans le Vieux-Lille — un quartier qui se prête naturellement à la photographie de rue en argentique. Ses pavés, ses façades, ses habitants qui s’approprient l’espace public — tout ça donne des images qui respirent différemment des photos de studio.
J’avais longtemps préféré un autre cliché de cette série. Aujourd’hui, c’est celle-ci que je regarde le plus souvent. Elle ne cherche pas à impressionner. Elle documente, simplement. Et c’est ça qui me parle — plus que toutes mes images numériques retravaillées pendant des heures sur un écran.
Si l’émotion passe, c’est ça l’important. Peu importe que la photo manque de netteté, de saturation ou qu’elle aille à l’encontre des tendances actuelles.
→ Portrait argentique noir et blanc · Photographe artiste Lille · Tirages argentiques

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